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Comprendre pour mieux enseigner

Mettre les élèves en groupe suffit-il à les faire apprendre ?

Mariame Coulibaly
Mettre les élèves en groupe suffit-il à les faire apprendre ?

Comprendre pour mieux enseigner

Quatre élèves travaillent autour d’une table. L’un lit la consigne, un autre trouve rapidement la réponse et un troisième la recopie. Le quatrième observe sans intervenir. À la fin, le groupe remet un travail correct. Mais chacun a-t-il compris ? Celui qui a recopié pourrait-il expliquer la réponse ? Et celui qui est resté silencieux ? Cette scène invite à distinguer deux choses : réussir une tâche ensemble et apprendre grâce au travail avec les autres.

Une production réussie ne dit pas tout

Le travail en groupe permet de réunir des idées et de partager des tâches. Mais il arrive aussi que les élèves se répartissent le travail selon ce qu’ils savent déjà faire : le plus à l’aise résout le problème, celui qui écrit bien rédige et celui qui aime parler présente le résultat. La production peut être réussie sans que chacun ait eu l’occasion de progresser.Dans son intervention sur la coopération entre élèves, le chercheur Sylvain Connac propose une distinction utile : la collaboration est orientée vers une réalisation commune, tandis que la coopération vise un bénéfice pour chacun à travers les interactions. Pour l’enseignant, la question devient alors : qu’est-ce que chaque élève apprend grâce aux autres ?

Pourquoi les échanges peuvent-ils aider à apprendre ?

Expliquer son idée oblige à la préciser. Écouter une autre réponse peut faire apparaître un détail oublié. Un désaccord peut conduire à chercher une justification. Prenons un exemple en physique. Une personne tient un sac immobile. Un élève affirme qu’elle effectue un travail parce qu’elle se fatigue. Un autre répond qu’en physique, il faut aussi considérer le déplacement. Si les élèves doivent expliquer leurs réponses, leur échange peut faire apparaître les deux sens du mot « travail ». L’enseignant dispose alors d’un point de départ pour construire la distinction scientifique. Cela suppose que les élèves puissent exprimer leur raisonnement. Si le groupe se contente de recopier la réponse de celui qui semble le plus sûr de lui, cette occasion d’apprendre disparaît.

Coopérer pour apprendre ensemble.pngQuatre élèves, une affiche commune.png

Images générées par IA

Quelques gestes pour organiser la coopération

Il n’est pas nécessaire de commencer par un dispositif compliqué. Une courte activité peut déjà suivre quatre temps.

1. Laisser chacun réfléchir avant l’échange.
Chaque élève cherche une réponse, écrit une idée ou note une difficulté. Même une réponse incomplète lui donne quelque chose à apporter au groupe.

2. Demander de comparer et d’expliquer.
La consigne peut être simple : « Présentez vos réponses. Sur quoi êtes-vous d’accord ? Sur quoi hésitez-vous ? Expliquez pourquoi. » L’objectif est de rendre les raisonnements visibles, sans imposer un accord immédiat.

3. Accompagner la discussion et clarifier le savoir.
L’enseignant écoute, questionne et repère les difficultés. Il peut demander : « Comment avez-vous trouvé cela ? » ou « Qui peut reformuler cette explication ? » Il reprend ensuite les points essentiels et corrige les erreurs qui persistent.

4. Revenir à une réponse individuelle.
Après l’échange, chaque élève répond seul à une courte question ou à un problème proche. Ce retour permet de voir ce qu’il a compris et ce qui demande encore une aide.

Aider, cela s’apprend aussi

Un élève qui connaît la réponse ne sait pas forcément aider un camarade. Il peut donner directement le résultat ou faire l’exercice à sa place. L’enseignant peut proposer quelques formulations : « Qu’as-tu déjà compris ? », « À quel endroit bloques-tu ? », « Peux-tu expliquer avec tes mots ? » Celui qui reçoit l’aide doit conserver une place active : chercher, essayer, poser une question et reprendre l’explication. La coopération se construit ainsi progressivement, avec des habitudes d’écoute, des consignes claires et un accompagnement. Lors de ton prochain travail en groupe, observe une chose : qui a réellement eu l’occasion de réfléchir et d’expliquer ? Cette question peut déjà t’aider à ajuster l’activité pour que chacun y trouve sa place et progresse.

Cet article s’appuie sur la master class de Sylvain Connac, « Faire coopérer des élèves ? », présentée le 9 septembre 2026 au Collège international de Villers-Cotterêts. Les exemples de classe sont proposés pour illustrer ces apports.

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